Le voyage de Shagshag : Histoire d'une retraite anticipée...
Shagshag...
...et nous.
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On est qui ? Solène et Antoine. On fait quoi ? On s'balade en voilier, un Flot 18 : bateau de 8m en acier... On va où ? On verra... Et sinon ? On pêche, on bouffe, on fait la sieste...
Et voilà, à peine un mois et demi qu'on est en
Guyane, et déjà, on s'en va. Il faut dire qu'il était temps. On ne sait pas si c'est la faute des apéros avec les copains, de la chaleur, ou des rejets atmosphériques des lancements d'Ariane ; mais
en tout cas, on commence à avoir les boyaux de la têtes qui fondent... Les neurones se ramassent à la pelle, comme disait l'autre.
Et puis aussi, il temps pour nous de refaire un peu de « Grisbi ». Pour ça, on a choisi la Martinique et ses eaux clairs.
Ce qui nous amène à prendre une grave décision : Cette fois, pas d'article. Enfin, un article si, mais sans texte... juste avec des photos. Râlez pas,
c'est moins pénible à lire, et puis ça fait travailler l'imagination.
En week-end à l'ilet « Ta Mère », avec tous les Poulos :
Brochette de poulos
Balades à Cacao, village Hmong:
Carbet au milieu du sentier "Molokoï", en
pleine forêt
Paresseux
Carbet, à Cacao :
Remontée de l'Approuague avec des potes de bateau:
L'escale à Dégrad des cannes (le port de plaisance de Cayenne) fut riche en rencontres, et donc relativement festive (Après
la semaine de 35 heures, la semaine de dimanche : c'est dimanche tout les jours)
Projection des "Démons de Jésus" sur ciné-parking.
Avec Poulo Romano à l'image et Poulo le belge au son:
Poulo-mobile
Ibis rouge
Aux îles du Salut. Anciens camps
de vacances prolongées pour les indésirables (l'ancêtre du Club Med, en quelque sorte) : Les Bagnes.
La nature reprend ses droits :
Et voilà. La prochaine fois, on écrira un petit quelque chose, promis. En attendant, arrêtez de passer votre vie sur internet, et surtout, comme on dit
ici : « Tiens bien raide, pas molli ! »
Sous-objectif : Un
maximum de petits mouillages le long des 1800 miles de côtes brésiliennes qu'il nous reste à parcourir.
C'est sous un
soleil radieux et une petite brise d'Est-Sud-Est que Shagshag sort de la Bahia de Todos os Santos. Une belle navigation en perspective.
Et en effet,
la navigation commence plutôt bien... Dans l'après midi, on n'arrête pas de voir des petits nuages de fumée à l'horizon. Cargos ? Étrange, car on ne voit jamais le bateau, seulement la
fumée. Et puis ça commence à faire beaucoup de cargos invisibles, à droite, devant, derrière. Enfin, on a l'explication en voyant un énorme dos apparaître à la base d'un nuage. Des baleines.
Comme pour confirmer ce qu'on a vu, une énorme (jamais vu une bestiole aussi grosse) saute presque complètement hors de l'eau, fait un demi tour sur elle même, et retombe dans un fracas d'eau,
disons, vachement impressionnant. On a beau être de vieux marins qui avons tout vu, tout vécu, des blasés de la mer, et ben on en tombe sur le cul... Et oui.
Difficile de dire combien de baleines il y avait autour de nous, mais partout où
on posait les yeux, on voyait les geysers de leurs respirations. Au bout de 3 heures, on croyait être lassés. C'est justement le moment qu'ont choisi deux baleines pour venir respirer 5 m
devant l'étrave de Shagshag, d'abord le dos qui sort, puis la queue, là, juste sous notre nez. Une légère montée d'adrénaline s'est faite ressentir...
Rio Sao Francisco do Norte,
Où l'envie de mouiller dans un coin de rêve pousse à faire des
conneries...
La première
(tentative d') étape sera le Rio Sao Franscisco do Norte, à 200 Miles au nord de Salvador. Antoine (celui qui vend des lunettes) en parle dans un de ses bouquins, et la description qu'il en fait
nous motive grandement. C'est un des plus grand fleuve du Brésil. L'embouchure, complètement déserte, est bordée de dunes de sables et de cocotiers à perte de vue. Seules quelques familles de
pêcheurs vivent ici. Autant vous dire qu'on a sacrément envie d'y pointer le bout de notre nez. Seul problème, la passe n'est pas balisée. C'est pas grave, on a acheté la carte de détail, on a un
GPS, et on a même pris des photos aériennes sur Gougueule, pour voir les bancs de sable. Et bien malgré tout ça, on n'a pas réussi.
La première
tentative, à marée haute, s'est avérée être un fiasco. Ça déferle de partout, mais pas énorme, et en s'usant bien les yeux, on croit voir un passage, là-bas. Mais si, regarde ! Obligé, ça passe.
Alors on avance, lentement, le moteur allumé, au cas ou. Le sondeur nous dit : « Barrez vous les gars, c'est pas bon ici ». Mais nous, on continue. On a tellement envie de rentrer
dans cet estuaire. Quelle curieuse sensation d'être au milieu d'un spot de surf avec son voilier. Quand le sondeur s'est vraiment mis à hurler : « 2,5 m, 2,4 m, 2,3, bande d'abrutis
! », le demi tour ne s'est pas fait attendre (après réflexion, c'est plutôt lui qui nous a attendu). Tabernacle ! Quelle bande de c...
Qu'a cela ne
tienne, on attend au large un moment plus propice pour retenter notre chance. On croise un pêcheur qui nous indique vaguement un passage. On attend l'étale et à nouveau, on y va. Entre deux, le
vent s'est levé et la mer a grossi. On s'approche, ça déferle toujours devant, à droite, à gauche, partout quoi. Le sondeur descend , la houle est plus grosse que ce matin. Ça brise 50 m devant
nous et il y a 3 m d'eau. Allez, fini les conneries, on se casse. Les conditions ne sont pas bonnes aujourd'hui, on reprend notre route vers le nord. Dommage.
Nouvelle objectif, l'île de Tatuoca : 2O Miles au sud
Recife.
Ça sonne bien
Tatuoca, ça fait très soleil, plage et cocotiers. On en rêve déjà. Mais quand on arrive du large, on distingue d'abords 5 cargos au mouillage, puis une digue énorme. Derrière, 2 pétroliers,
un gazier, puis un autre port, avec 3 port'kont'ners à quai. Le paradis, quoi. C'est exactement ce dont on rêvait. C'est notre veine. On décide quand même de s'approcher pour se reposer au moins
une nuit.
On
se faufile entre l'île de Tatuoca et le grand récif qui ferme complètement la baie, et finalement, c'est pas si mal. L'île correspond parfaitement à l'idée qu'on s'en faisait, et les cocotiers
arrivent même à cacher le port de commerce. Derrière, on se retrouve dans une sorte de lagon, protégé de la houle par le récif, avec au fond, la petite ville de Suape. L'escale est
agréable. On glandouille un peu, on se baigne, on remonte la rivière.
Trois jours de
pose, et c'est reparti mon kiki.
On continue
nos pérégrinations brésiliennes, en évitant les grosses villes. On passe au large de Recife, et on tente à nouveau de s'arrêter dans une rivière. A 2O Miles au nord de Recife, entre les îles
d'Itamaraca et d'Itapessoca, on devrait pouvoir trouver des mouillages tranquilles. Mais comme pour presque toutes les rivières de cette côte, il y a toujours cette p... de barre à franchir pour
rentrer. Cette fois ça fait moins spot de surf que sur le Rio Sao Francisco, mais à 2,5 m au sondeur, on renonce. L'approche lente, à sec de toile, s'avère impossible. Il y a
systématiquement un moment où il n'y a plus assez d'eau et où les vagues déferlent. En plus, le vent souffle fort et lève une mer assez formée. Cette tentative a un petit goût de déjà vu, et on
sait comment ça se finit : demi-tour, merci bonsoir.
C'est pas
grave, on sait que 50 Miles au nord, il y a Cabedelo, puis Jacaré, où on est certain de pouvoir s'arrêter. Et puis 50 Miles, avec le vent et le courant qu'il y a, ça ne va pas
trainer.
Jacaré, destination à la « mode »...
Jacaré, on en
entend parler depuis l'autre côté de l'Atlantique. C'est un peu le nouvel endroit à la mode (et oui, il y a des modes chez les yachtmen) pour arriver au Brésil. C'est vrai que c'est sans doute
plus cool de débarquer ici plutôt que dans une mégalopole comme Natal ou Recife. Mais on se sent vite à l'étroit entre les buildings de Jacaré plage et les lignes de restaurants pas vraiment
« populaires » qui bordent la rivière. En plus, le week-end, c'est la fête à neuneu avec jet-skis et motor-yacht qui foncent dans tous les sens. Le pied total. Il y a bien une petite
marina tenue par un français (sans doute la source de tant d'enthousiasme pour le coin, les gens raffolent des marinas) où on pourrait faire un peu d'eau et rencontrer du monde, mais les tarifs
sont dissuasifs pour les petits budgets, rien à voir avec les tarifs de la Bahia. Alors, on fait quoi. Ben on se casse.
Depuis qu'on a
quitté Cabedelo, Shagshag fait des distances journalières de fou furieux. Le couteau entre les dents, sous foc et grand-voile souvent arrisée, il fonce à plus de 5,5 nds de moyenne. On fait en
gros 130 à 140 miles par jour, c'est énorme ! (que ceux qui ont des bateaux de 12 m, ou pire, des catas, ne ricanent pas, SVP). La mer est bien formée, ça roule dans tous les sens, mais il fait
beau et la ligne de traine n'a jamais été aussi efficace.
Fortaleza, entrée du Ceara...
Fortaleza sera
l'escale la plus courte de notre voyage. On ne raffole pas des villes, mais le Brésil est très pointilleux en matière de formalités, et si on veux trainer un peu dans l'état du Ceara, c'est un
passage obligé. Malheureusement, la ville n'offre pas vraiment d'endroit pour les voiliers de passage. Il y a bien la Marina Park Hotel, mais à 26 dollars la nuit (pour un voilier de 26 pieds),
ça fait réfléchir. L'autre solution est de mouiller en face du Iacht Club de Fortaleza. Ce n'est pas loin de la Police Fédérale et de La Capitania dos Portos, donc parfait pour les papiers. Le
problème, c'est que le coin est un peu « craignos ». On fait donc l'entrée/sortie en même temps, et , on reprend la mer avant la nuit. Direction, Paracuru, paradis du kite-surf et de la
planche.
Paracuru, enfin...
Depuis le
large, on distingue d'abords une série d'éoliennes qui en dit long sur la météo locale. Ici, ça souffle. Tous les jours pratiquement, il y a entre 20 et 25 nds.
On s'approche, et on
croise de plus en plus de pêcheurs sur leurs « curieuses » embarcations. La coque, une sorte de plate de 40 cm d'épaisseur en sandouiche-bois-polystirène, est surmontée d'un gréement
démesuré en « pince de crabe ». Le plus curieux, c'est que ça ne se retourne pas, ça fait du près, en bref, ça navigue plutôt bien. Ils font même des régates avec. On en croise une
quinzaine, de toutes les tailles, éparpillées dans la baie.
On s'avance
encore, et on commence à voir que le décors est plutôt pas mal : dunes de sables géantes et cocotiers. Puis, passée une petite barrière de roches, la plage et la ville de Paracuru. Ça fait
plaisir de rentrer dans un mouillage (presque) abrité sans infrastructures énormes à côté. On mouille. Un pêcheur vient à la godille pour nous indiquer un meilleur endroit, au milieu des bateaux
de pêche, où mouiller sans risquer de coincer notre ancre dans la caillasse. Il nous guide jusqu'au bout, attend qu'on ait fini la manœuvre pour retourné au bord. Sympa le mec. Paracuru
n'apparait pas dans les guides, donc c'est déserté par les plaisanciers. C'est vrai que pour les amateurs de mouillages calmes, ce n'est pas la panacée. Ça roule, ça souffle, et le débarquement
en annexe doit être bien synchronisé, sous peine de se mouiller le cul.
Mais passés
ces quelques désagréments, c'est vraiment sympa ici.
A Paracuru, il
y a aussi le « spot » de kite (et accessoirement de quelques planchous). Quebra Mar, à 6 km du centre ville, est un des endroits à la mode sur cette côte hyper-ventée du Ceara. Tous les
jours, italiens, français, suisses, autrichiens, brésiliens, et j'en passe, se retrouvent ici. A midi, il y a 30 ailes de kite sur l'eau, et presque autant sur la plage. Le resto fait
fortune. C'est pas le spot désert rêvé, mais ici, on peut laisser notre matos tous les soirs, et on est certains de pouvoir plancher tous les jours en 5 m². Alors on débarque tout notre bordel,
on affrète un tacos, et c'est parti pour une petite semaine de glisse.
Lui...
Et Elle
Résultat des
courses : Solène commence à enchainer les jibes, Antoine passe le triple table-top, quadruple back-loop, et tout le monde a des trous dans les mains. Ça fait trop mal, on arrête. De
toute façon, il faut vite qu'on aille à Parnaiba, dans l'état du Piaui, pour faire renouveler nos visas.
Alors c'est
reparti. La navigation a un petit air de déjà vu. Grand soleil, mer bien formée, Shagshag fonce au vent arrière, par environ 20 nds de vent. Et en plus, il pêche. Le Thazard Brésilien (cousin du
Thazard tacheté) devient un habitué de la cuisine du bord. La seule difficulté de la navigation est d'éviter les pêcheurs qui ne sont pas tous éclairés (ce n'est pas une légende). Trente-six
heures plus tard, on arrive à Luis Correia, port de pêche situé à l'embouchure du Rio Igaraçu, dans la branche Est du delta du Parnaiba.
Luis Correia (Brésil, suite et fin)...
On tourne le
coin de l'énorme digue qui protège l'entrée du rio, bien collés-serrés, parce qu'il n'y a pas beaucoup d'eau. Le vent siffle dans les haubans,on est un peu crevés, mais ce n'est pas grave, on est
à l'abri. En remontant le chenal, on croise une multitude de bateaux de pêches, de toutes les tailles, de toutes les sortes. A chaque fois, les marins nous font de grands signes de bienvenue.
C'est rare que les pêcheurs se montrent aussi démonstratifs dans l'accueil envers les plaisanciers, mais ça a l'air sincère, ça fait plaisir.
Les brésiliens à la plage : jamais sans ma
caisse
On mouille au
niveau des premières maisons, en face d'un petit port de pêche. Le vrai port de Luis Correia est un peu plus loin sur la rivière, mais l'endroit où nous sommes à l'air tellement tranquille, un
peu à l'écart du centre ville. De chaque côté de la plage, il y a un bar pour pêchous-assoiffés-au-retour-de-la-pêche. Les deux « établissements » font aussi office de criées : un mec
vient tous les soir en mobylette, avec la glacière sur le porte-bagage, pour acheter tout ce qui arrive. La pesée se fait sur une balance modèle « 4 francs 6 sous », avec trois pierres
marquées à la craie comme poids. Les pêcheurs se font 20 à 30 reals (environ 10 euros) par jour... et il parait que ce n'est pas si mal pour le Brésil.
Lagoa de Portinhos
On a passé ici dix jours très tranquilles. On a bien fait une tentative pour remonter la rivière jusqu'à Parnaiba mais le sondeur et le moteur n'étaient pas
d'accord. Alors on se prépare pour Tutoia (village situé dans le delta de Parnaiba) et pour les Lençois (des kilomètres de dunes et de lagunes), notre dernière escale au Brésil. On tente de faire
notre sortie à Parnaiba, mais la receita fédéral (douanes brésiliennes) ne l'entend pas de la même façon, elle veut nous envoyer à Sao Luis, 200 miles plus loin pour faire la sortie de Shagshag.
Tant pis pour le bateau, on aura juste fait tamponner nos passeports par la police fédéral.
On sort avec
la fin de la descendante pour aller mouiller au bout de la jetée. On voudrait partir vers quatre heures du matin pour arriver à l'entrée de la rivière de Tutoia au petit matin, histoire de voir
un peu à quoi ça ressemble à marée basse, avant de tenter notre coup à la pleine. Mais voilà, à trois heures, le réveil sonne, et dehors,ça souffle à décorner les langoustes : 25 à 30 nds avec
des grosses rafales.
Première
question : Est-ce qu'en se levant à trois heures du mat', on a vraiment « envie » de naviguer dans ces conditions ?
Non. Alors
dodo. A six heures du mat', tout n'est pas encore perdu pour le timing, mais le vent est toujours aussi fort.
Deuxième
question : Qu'est ce qu'on va foutre dans un passage non-hydrographié, où l'on n'est pas certains de passer, avec 25/30 nds de vent et un moteur qui tire la gueule ?
On a encore en
tête nos deux tentatives loupées, et on se dit que ça va être la même. Alors, dommage pour le delta du Parnaiba, pour les Lençois Maranhenses. On fait route. Direction la Guyane. Tchao Brésil, on
reviendra peut être un jour, mais en ayant un peu plus préparé notre voyage et les escales possibles. Le pays est tellement énorme et les mouillages sont peu nombreux. On est un peu déçus par ce
dernier coup manqué (on pensait prendre notre revanche sur les entrées de rivières), mais on ne regrette pas d'être venu.
La Guyane,Fingers in zeu noz...
800 Miles ( 1450 km). Voilà la distance qu'on doit parcourir pour se retrouver... en France. Que dire sur cette navigation. Pas grand chose. On a même un peu
l'impression de tricher, tout est trop facile. Le vent, encore fort près du Brésil, mollit rapidement et Shagshag se retrouve vite vent arrière, dans 15, puis 10 nœuds de vent. On pourrait se
dire que la moyenne va chuter, mais non. Le courant qui longe la côte nord de l'Amérique du sud nous fait faire des journées à plus de 6,5 nds de moyenne. La classe totale. Ajouter à ça la pleine
lune qui se lève tous les soirs pour éclairer les quarts de nuit, et ça devient royal.
Le 2 septembre, Shagshag repasse l'équateur. La dernière fois, c'était avec difficulté, à 0,5nds. Aujourd'hui,
on coupe la ligne à plus de 7 nds...
La preuve en
image
La seule ombre au tableau de cette croisière : la pêche. Depuis trois jours, les deux lignes sont à l'eau, et toujours rien. On s'était habitué à mieux. Mais le quatrième
jour, plif plaf plof. On voit un thazard de bonne taille sauter trois fois hors de l'eau, juste au niveau de nos rapalas. Et crac, la ligne se tend à mort. Le pauvre. En 15 minutes, il c'est
retrouvé les tripes à l'air, découpé en filets. Un bout dans le jus de citron, un à la poêle, un à la cocotte, et le reste à sécher sur la plate-forme. C'est qu'un poisson de 5 kilos, ça en fait
de la bouffe.
Après six jours et demi de navigation, les îlets la Mère et le Père apparaissent hors de la brume côtière. Puis c'est l'île de Cayenne. On rentre à la tombée du jour dans le
chenal d'accès au fleuve Mahury, et enfin, on arrive au port de Degrad des Cannes. Ça y est, on est de nouveau en France, mais sous les tropiques.
La mer, la voile, le bateau, tout ça, c'est certain, on aime ça. On adore même. On l'a
choisi, non ? Mais après un mois de mer à bouffer des conserves dans une boite de conserve genre sardines, on peut vous l'avouer sans honte, nos désires se sont tourné vers du 100 % terrien.
Alors ? Ben alors, rien que du bon : restos, apéros, orgies de fruits tropicaux, ballades à cheval... que c'est bon des fois d'être terrien. Tout ça au mouillage à Itaparica, une île dans la
Bahia de Salvador.
C'est bien rigolo de boire des coups et de bouffer comme quatre, mais comme toujours, ça nous lasse un peu, et
vite l'envie nous prend de bouger. Et puis les kilos perdus pendant la transate sont revenus en force... La bedaine-ampoule (maladie courante dans le coin) nous pousse en avant, les fesses ne
rentrent plus dans les strings « file-dentaire » que l'on porte depuis notre arrivée. On est en train de se « Bahianiser » un peu trop... Aller, action
!
On
part donc se balader dans la Bahia, histoire de tirer un peu sur les écoutes. Direction la rivière du Paraguaçu, vers Maragojipe et Cachoeira, puis l'Ilha do
Frade.
Glanage de quelques mangues
Bateau traditionnel de transport de marchandises dans la Bahia
Après un
mois de ballade en pleine saison des pluies, on est bien obligés de constater que Shagshag fuit. C'est simple, s'il pleut dehors, il pleut dedans. Le coffre fuit, les hublots avant fuient, le
capot avant (au dessus du lit) fuit. Le pied total. On vit en osmose avec la nature.
Alors
trêve de glandouillage. Direction le port de Pier Salvador pour trois semaines à donf. Au programme : On dépose des hublots, on pète la rouille, on barbouille tout se qui traine, et on joue au
Sikaflexe... L'éclate totale.
On pensait se
faire fabriquer un autre capot de pont en inox. Mais vus les prix, on s'est retroussé les manches, on a craché dans nos mains, et on s'est mis au boulot. Contre plaqué et collage époxy feront
bien l'affaire.
Comme d'habitude, quand on entreprend de bosser sur le bateau, on part sans avoir tout rayé
sur la petite liste des travaux. Mais là, il fallait vraiment qu'on y aille. Vivre à la ville, en marina, ça nous gave. Et surtout, on a envie de voir du neuf, de visiter un peu se pays immense
(16 fois la France) et pleins de contrastes. De toute façon, l'essentiel du boulot est fait. Le bateau est étanche, la rouille est, en partie, traitée, le moteur marche. Que demande le peuple ?
Un bateau neuf ? Non, alors taïaut ! En route vers le nord.
PS : Les brésiliens adorent fairent la fête et boire des coups. Voici l'embarcation
idéale pour un petit Pic-Nic. Trois bidons, une palette et un hors bord de 3 chevaux pour le "bateau". Un fut de Cerveja et la musique à fond les ballons, pour l'ambiance... et
roule.